LA TECHNIQUE DU RAKU


 
Les origines
 
 
C’est au Japon, au milieu du XVIème siècle, qu’est apparue la céramique « Raku ». Elle est née de la rencontre d’un modeste potier, Chojiro, et d’un lettré, grand Maitre du Thé, Rikyu, celui même qui avait élaboré les règles de la cérémonie du Thé. Les bols de Chojiro avaient la spontanéité et le charme de l’irrégularité, caractéristiques du « Wabi », univers esthétique prié dans la philosophie Zen. Rikyu lui commanda une série de bols dont la beauté brute et asymétrique fut vantée jusqu’à la cour de l’Empereur. Emerveillé, ce dernier accorda au potier et à ses descendants l’honneur de signer leurs œuvres du sceau portant l’idéogramme « RAKU », ce qui signifie « le Plaisir », la « jouissance spirituelle »…

 Aujourd’hui
 
La dynastie RAKU perpétue encore aujourd’hui la tradition ancestrale à Kyoto et reste attachée à la philosophie Zen dont elle est issue. Par contre, le mode de cuisson caractéristique de la céramique Raku, exporté dans les années soixante au Etats-Unis, puis, plus tard en Europe, s’est vu réapproprié par les céramistes occidentaux et a perdu ses racines philosophiques. Il est devenu une simple technique, mais une technique « magique » qui offre un formidable pouvoir de liberté à la démarche créatrice et qui recèle des capacités d’expression inégalables. Le terme de « Raku » désigne donc aujourd’hui tout type de poterie ou de sculpture-céramique, façonnée, émaillée et cuite selon certaines règles caractéristiques.
 
La technique par elle-même

Façonnée dans une argile réfractaire fortement sablée pour résister aux chocs thermiques qu’elle va devoir supporter, la pièce est cuite une première fois dans un four normal, au gaz ou à l’électricité. Après refroidissement, elle va être émaillée à la louche ou par trempage ou encore au pinceau. C’est alors qu’elle va subir la cuisson de Raku proprement dite. Alimenté au bois ou au gaz, le four à flamme ouverte est monté à 1 000° en une demi-heure.
 
La pièce d’argile devient incandescente et luisante : l’émail est en fusion ! Le céramiste, harnaché de masque, casque et moufles de protection en cuir sort cette pièce avec de longues pinces métalliques. Il a alors devant lui quarante à soixante secondes pour agir sur cet émail encore liquide ! Cette opération, où chaque seconde compte, va déterminer les couleurs et l’aspect final de la pièce.
Les interventions du céramiste sont différentes et plus ou moins complexes selon l’effet désiré. Tantôt plongée dans un récipient fermé contenant de la sciure ou de la paille, la pièce sous l’effet des oxydes de cuivre, de fer ou d’argent va s’iriser de route, de bleu, ou de reflets métalliques inimitables ; tantôt, l’intense saturation en carbone, dégagée par la paille qui s’est embrasée, va pénétrer dans les craquelures de l’émail blanc et dessiner de subtils réseaux d’un noir profond. Enfin, pour stabiliser les effets, la pièce, encore brûlante est plongée dans l’eau : le choc thermique est énorme ! Et c’est ce noir de carbone qui, s’incrustant dans les craquelures de l’émail, va faire vieillir la pièce de mille ans en quelques secondes, transformant parfois un simple bol en une merveille archéologique … !
 
Et tout le reste n’est que « secrets de potier »….